La lenteur n’est pas un luxe. C’est une forme de résistance.

par | 17/04/2026 | Non catégorisé | 0 commentaires

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Il y a une contradiction au cœur de notre rapport au temps : nous nous plaignons tous d’en manquer, et nous le gaspillons tous à une vitesse prodigieuse.

Pas le temps de lire.
Pas le temps de marcher.
Pas le temps de penser vraiment.
Pas le temps de laisser une idée se développer jusqu’au bout avant que la suivante ne surgisse.

Notre attention est découpée en tranches de plus en plus fines. Les applications sont conçues pour ça. L’économie de l’attention fonctionne exactement comme l’économie de la malbouffe : elle nous donne beaucoup de quelque chose qui ressemble à de la nourriture, mais qui ne nourrit pas vraiment.

Quand j’ai commencé à marcher sérieusement — longues distances, sans GPS, sans podcast —, j’ai découvert quelque chose d’inattendu : l’ennui est le seuil de quelque chose.

On passe les premiers kilomètres à fuir l’ennui. On fait les comptes de la journée, on rejoue les conversations, on planifie demain. Puis, progressivement, le corps prend le dessus. La mécanique de la marche installe son rythme. Et l’esprit, privé de stimulations, commence à fonctionner différemment. Moins réactif. Plus contemplatif. Capable de tenir une pensée plus longtemps, de l’explorer plutôt que de la zapper.

Ce n’est pas de la méditation au sens technique du terme. C’est quelque chose de plus simple et de plus ancien : le corps en mouvement qui libère l’esprit.

Ce que je veux dire avec Marcheur du Silence, ce n’est pas “éteignez vos téléphones et achetez des chaussures de randonnée”. C’est quelque chose de plus fondamental : dans un monde qui s’accélère, choisir la lenteur est un acte politique. Pas au sens partisan, au sens profond. C’est choisir de ne pas être entièrement disponible pour le système qui nous veut pressés, distraits, consommateurs de stimulations.

La marche n’est pas une escapade du monde réel. Elle est une façon de le traverser autrement.

Et peut-être — et je le crois vraiment — une façon de mieux le comprendre. Parce qu’il y a des choses que le corps sait avant que l’esprit les formule. Des choses que les kilomètres enseignent mieux que les écrans.

Nous avons longtemps contemplé nos progrès sans voir les fissures sous nos pieds. Explorer ces fractures, c’est peut-être apprendre à marcher différemment.

— Didier RAMON | Marcheur du Silence, Collection Marche & Silence, Éditions effondrements.site

Disponible chez Amazon en papier et ebook https://amzn.eu/d/07R6WDdf

Auteur Didier RAMON

Auteur français de la collection de nouvelles EFFONDREMENTS. Je suis auteur de fiction spéculative, explorant les thématiques d'effondrement sociétal à travers une série de récits immersifs. Inspiré par les travaux d'Yves Cochet sur la collapsologie, mes nouvelles examinent les multiples façons dont notre monde pourrait changer radicalement et comment l'humanité pourrait s'adapter face à ces bouleversements. Ma démarche littéraire vise à provoquer une réflexion sur notre rapport au monde actuel tout en offrant des perspectives d'espoir au sein de futurs alternatifs.

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