Bienvenue dans la newsletter des Éditions effondrements.site. Chaque semaine, trois posts pour penser l’effondrement et traverser le présent.
→ 1/3 Lundi : l’œil sur le monde (le point de départ, une information)
→ 2/3 Mercredi : dans les pages d’un livre
→ 3/3 Vendredi : la réflexion longue.
📅Cette semaine : Le silence comme condition, ce que l’effondrement révèle quand les mots disparaissent. Vous lisez le post 1.
Il existe aujourd’hui des hôtels qui vendent l’absence de wifi comme argument premier. Des retraites de silence à plusieurs centaines d’euros la nuit. Des applications qui vous facturent l’apprentissage de ne rien faire. Des podcasts — des podcasts (!) — pour apprendre à ne pas écouter.
Le silence s’est monétisé. Ce qui veut dire qu’il est devenu rare. Ce qui veut dire que nous l’avons d’abord détruit sans nous en apercevoir.
L’Organisation Mondiale de la Santé classifie le bruit comme un problème de santé publique en Europe : maladies cardio-vasculaires, troubles du sommeil, déficits cognitifs chez les enfants scolarisés près d’axes routiers. La pollution sonore tue, moins spectaculairement que les particules fines, mais elle tue. Et nous avons construit des villes, des open spaces, des flux d’information continues, des notifications toutes les sept minutes, comme si le silence était une menace plutôt qu’une condition.
Ce retournement m’intéresse. Pas la nostalgie du calme, le symptôme que révèle son absence marchande.
J’ai écrit Mémoires du silence en partant d’une question radicale : et si le silence n’était plus un choix, mais une condition de survie ? Dans cette nouvelle, un phénomène que les personnages appellent l’Écho Mortel rend tout son supérieur à trente décibels littéralement fatal. L’humanité doit apprendre à vivre sans voix, sans musique audible, sans le son de sa propre respiration amplifiée.
Ce que j’y ai découvert en écrivant, c’est que le silence forcé révèle tout ce que le bruit dissimulait. Les relations. Les hiérarchies. Ce qu’on dit réellement quand on ne peut plus le dire avec des mots.
J’ai cherché ce silence autrement dans Marcheur du Silence, à pied, sans le payer. Mais c’est la fiction qui pose la question la plus radicale : et si on n’avait plus le choix ?
→ [Mercredi : entrez dans le monde d’Aurèle — professeure de linguistique devenue archiviste du silence, 456 jours après le Grand Silence.]
—Didier RAMON
Penser l’effondrement pour traverser le présent. — Éditions effondrements.site
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