Bienvenue dans la newsletter des Éditions effondrements.site. Chaque semaine, trois posts pour penser l’effondrement et traverser le présent.
→ 1/3 Lundi : l’œil sur le monde (le point de départ, une information)
→ 2/3 Mercredi : dans les pages d’un livre (le nôtre ou celui d’un autre)
→ 3/3 Vendredi : la réflexion longue.
📅Cette semaine : Réinventer notre humanité — l’effondrement spirituel et la quête de sens. Vous lisez le post 2.
Il y a une scène dans L’écho du silence que j’ai portée longtemps avant de savoir comment l’écrire. C’est celle où Thomas retourne seul dans son église, la nuit avant le départ vers le monastère des Éveillés.
Il s’assoit dans son banc habituel. L’église est dans l’obscurité. Et pour la première fois depuis des années, il laisse remonter ce qu’il avait enfoui :
« Je ne sais plus qui Tu es », murmura-t-il dans l’obscurité. « Ni même si Tu es. Mais s’il Te reste une oreille pour m’entendre, guide-moi. Non pour moi, mais pour ceux qui me suivent. Ne les laisse pas s’égarer à cause de mon propre égarement. »
Ce qui m’intéresse dans cette prière, c’est qu’elle n’est pas une prière. Ou plutôt : c’est peut-être la forme la plus honnête que la prière puisse prendre. Pas une supplication vers une certitude. Une parole lancée dans le vide, avec l’espoir, fragile, que le vide ne soit pas si vide.
Thomas se lève, sort, lève les yeux vers le ciel. La Voie lactée s’étend au-dessus de lui. Et il pense aux mots de Sofia sur la physique quantique :
si tout est interconnecté au niveau le plus fondamental, alors sa conception de Dieu avait peut-être simplement été trop étroite.
Ce n’est pas une conversion. C’est une ouverture. Une fissure dans la certitude, mais aussi dans le désespoir.
La nouvelle se termine sur une autre nuit, trois mois plus tard. Thomas a déposé son col romain sur l’autel — comme une offrande ou un adieu — et il marche vers le monastère, seul cette fois, avec un sac léger. Il lève les yeux vers les étoiles et murmure les mots d’Alex : « Réinventer notre humanité. »
Et pour la première fois depuis longtemps, ces mots ressemblaient à une prière.
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