Didier RAMON — Effondrements
Didier RAMON — Effondrements
"Ce qui importe n'est pas la permanence. Ce qui importe est la transmission."
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Bienvenue dans la newsletter des Éditions effondrements.site. Chaque semaine, trois posts pour penser l’effondrement et traverser le présent.

→ 1/3 Lundi : l’œil sur le monde (le point de départ, une information)
→ 2/3 Mercredi : dans les pages d’un livre (le nôtre ou celui d’un autre)
→ 3/3 Vendredi : la réflexion longue.

📅Cette semaine : La planète ne négocie pas. Vous lisez le post 2.

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Les deux crues commence par une tempête de sable.

La tempête de sable avait surgi de nulle part, comme toujours dans cette région devenue hostile. Une muraille ocre s’était dressée à l’horizon, avalant le ciel en quelques minutes. Les membres de l’équipe avaient à peine eu le temps de bâcher les équipements et d’ajuster leurs masques respiratoires avant que le monde ne disparaisse dans un tournoiement de particules brûlantes.

Cette région, c’est le Croissant fertile. Pas dans un passé lointain — dans un futur proche. Inès Mercier, archéologue, quarante-deux ans, fouille les vestiges d’une civilisation disparue dans un sol que les tempêtes de sable ont rendu méconnaissable. La tempête met à nu quelque chose. Elle trouve des tablettes.

C’est là que la nouvelle bifurque. Parce que ces tablettes appartiennent à Ur-Zababa — un scribe akkadien qui vivait il y a quatre mille ans, au moment où l’empire d’Akkad commençait à chanceler. Et ce qu’Ur-Zababa a écrit sur l’effondrement de son monde ressemble, avec une précision troublante, à ce qu’Inès observe autour d’elle.

Ce qui m’a frappé en écrivant cette histoire — et qui m’a conduit à la mettre en ouverture du troisième recueil — c’est que l’effondrement d’Akkad vers 2200 avant notre ère n’est plus attribué uniquement à des invasions ou des causes politiques. La paléoclimatologie y voit désormais une dimension environnementale majeure :

Déforestation intensive, salinisation des sols par irrigation excessive, surexploitation des ressources.

Ces “problèmes modernes” étaient à l’œuvre quatre millénaires avant nous. Et les élites d’Akkad — comme Ur-Zababa le note avec amertume dans ses tablettes — ont d’abord nié les signes avant-coureurs.

Ce que la nouvelle explore, ce n’est pas la catastrophe. C’est ce qui passe à travers la catastrophe. Ur-Zababa ne cherche pas à sauver l’empire — il cherche à transmettre : les savoirs agricoles. Les techniques d’irrigation. La mémoire de ce qui a fonctionné, avant que ça cesse de fonctionner.

Ce qui importe n’est pas la permanence — rien n’est permanent, pas même les empires qui se prétendent éternels. Ce qui importe est la transmission.

Inès, en lisant ça dans un Croissant fertile devenu désert, comprend quelque chose qu’elle n’était pas venue chercher.

—Didier RAMON

Penser l’effondrement pour traverser le présent.Éditions effondrements.site


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